5.3.11

Excuses

Orient

Elle va regretter toute sa vie - ce n'est pas peu dire, et elle pèse ses mots - toute sa vie, il va lui manquer.
À ses yeux, il est l'équilibre parfait. L'homme, l'ami, l'amant.
Passionné, aventureux, amoureux.
Elle n'a jamais voulu ajouter au sentiment qui lui pèse. C'est comme si le karma la rattrapait. Il sera toujours trop tard.
Seulement, si elle peut lui murmurer quelques mots, parmi les étoiles jaunes et blanches et noires, ce serait tous les mots qu'elle a conservé en elle depuis cette fois-là - ses yeux, à lui, à ce moment-là. Ou alors ses mots, à lui, qu'elle garde sur son coeur depuis ces moments-là, comme toutes les photos et les souvenirs qu'elle a de lui.
Comme un coup dans le coeur, à chaque fois qu'elle pense à lui.
Comment lui dire que ce n'est pas lui qui ne suffisait pas, que passion et amour et feu, il y en avait, que c'est elle qui ne suffisait pas. Pas à ses yeux à elle. Elle a blessé l'homme qu'elle aimait, sincèrement et profondément, elle a abaissé toutes les barrières de l'amour et est allée se perdre. Pour rien. Pour rien. Elle va le regretter toute sa vie.
Ce n'est pas un défaut qu'il a, que de tout ressentir puissamment. C'est une force, une belle et unique force, qui le rend attachant et unique - on se sent quelqu'un quand il aime. On se sent quelqu'un sous son regard et son amour.
C'est sa nuit qui lui semble noire. Il a toujours eu les mots justes et poignants, il la touche à travers ses mots. Durement. Avec raison.
Malgré tout, elle ne se sent pas le droit d'écrire tout ça, de ressasser tous ces souvenirs, ces blessures, ces moments. Seulement, le ciel lui parlait, à elle aussi, ce soir.
Il retrouvera son étincelle. Ou alors une trace de pas à ses côtés, dans le sable de l'Orient.
Elle ne sait pas comment tout lui dire.
Elle voudrait qu'il lise en elle pour mieux comprendre. Que c'est trop souvent elle qui ne suffit pas.

28.4.10

Larmes

Une amie qui pleure, c'est la fin du monde au bout du fil. Ce sont des années d'amitié, de complicité, de souvenirs qui ont mal, ce sont des larmes d'apocalypse, ce sont des larmes de catastrophes naturelles. Chacune d'entre elles tombent sur mes épaules, chacune s'écoulent de mon propre coeur, en sachant très bien que je ne dois en verser aucune pour elle, mais avec elle. C'est soutenir la force qui se meurt. C'est se tenir debout alors que tout s'écroule.
Je pense à toi.

21.4.10

Fabulations

Le rouge contre ma gorge, c'est comme tes doigts, tes ongles contre ma peau, qui descendent le long de ma trachée et qui coulent dans mes veines encore et encore. Je n'ai pas besoin de toi, mais je suis enivrée par ton contact. Je veux entendre ta voix, je veux boire les sons que tu pousses alors que ma langue se déchaîne, alors que ma voix se mêle à la tienne.
C'est ton baiser dans la rue humide, ce sont tes mains sur ma poitrine et le regard aveugle que tu diriges vers moi et moi qui te vois descendre sur moi, partout sur moi.
Explose mon corps, fais-le vibrer et résonner selon les rythmes de nos souvenirs, souviens-moi, souviens-toi de nos jours mélancoliques et oubliés. Je veux voir tes yeux parmi la fumée, comme jamais je n'ai osé te voir, comme je ne saurai jamais apprendre de mes visions.
Je m'endors lourdement, comme un songe oublié devant mes yeux, la nuit achève mes paroles et s'envolent, s'envolent les mots interdits.

13.4.10

Prunelle

Je me souviens.
Du trou dans le genou de mes jeans, du chandail blanc un peu trop grand que je portais négligemment, de la noirceur de la nuit, de l'attente. Surtout de l'attente et de l'excitation.
Il y a si longtemps, pourtant.
Tu me regardais, patient, terminer le travail de littérature que je me devais de terminer. Nous parlions peu, malgré le sentiment pressant d'être ensemble.
Te souviens-tu? Au moment de se quitter, au moment de dire au revoir, tu t'es dandiné joyeusement, timidement, les mains dans les poches et le regard baissé... ton baiser était doux, souriant, nouveau, enflammé.
Tant de choses se sont passées entre nous depuis ce temps. Nous ne sommes plus les mêmes, et pourtant, toujours fidèles à nos souvenirs cassés, récupérés, empoisonnés.
Merveilleux.
Je ne me souviens plus de tes yeux, je ne me souviens plus de tes doigts grattant ta guitare, je ne me souviens plus nos éveils sous le soleil de mai. Nous n'avons plus de saison, plus de musique, nous ne sommes que des songes mélancoliques, bucoliques.
Les fils qui nous retiennent n'en sont que davantage troublants ou fascinants, sous le soleil ou sous la pluie.
Je ne peux me résoudre à effacer les douceurs de certains souvenirs. Je me souviens. Néanmoins. Pour un instant.

1.4.10

Je t'appartiens

Elle marche d'un pas rapide le long de la rue. Elle se demande toujours pourquoi elle presse le pas, elle a le pas citadin. Le soleil crie au printemps, la ville n'est jamais au diapason, elle ne lit plus dans le ciel les saisons qui changent. Les arbres sont tout à coup ornés de bourgeons, c'est une ville du sud qui ne comprend rien au temps qui passe, qui change, au temps qui doit s'arrêter pour lui chanter ses airs nouveaux.
Les étoiles, une fois le soir tombé, se voilent sous les lumières écarlates et aveuglantes, le vent ne sent plus les sous-bois ou le ruisseau qui s'écoule. Elle ne trouve pas ses repères parmi la foule. Les visages lui semblent fermés, incongrus, vides. Alors qu'elle voudrait danser dans la rue, chanter et soupirer au creux d'un village qui sent les saisons.
Appartenir à un endroit où l'on reconnaît les siens, et aimer, aimer, aimer les saisons qui passent.

30.3.10

Draps au soleil

Les rêves semblent orner mes jours gris, le sommeil ne cesse jamais - le bonheur de rouler parmi les draps et les oreillers, l'aube n'est plus aussi claire, et les rideaux tombent en lambeaux. Mon silence est troublé, j'ai envie de faire des folies au lit, d'agripper la liberté du printemps et de voguer, voguer, ne jamais oublier les rêves alors que la réalité m'éveille.
Il y a eu un matin, où les rayons jouaient avec mes cheveux en bataille, où les rayons venaient embraser ta peau et mes lèvres sur ta peau. Ce matin est loin, enlacé parmi les méandres de mes amours incongrues et regrettées, je ne peux souffler mot de ce qui nous est arrivé. De ce qui nous arrive toujours.
Et puis je m'enroule, je virevolte, je soupire et je crie, et puis je m'arrête - qui peut savoir où les pensées du coeur et de l'esprit iront alors que le sommeil aura raison de moi.

3.2.10

Here comes your man

Destin. Ou coïncidence.

Chaque moment, chaque appel - elle ne fait que jouer avec les instants, ceux qui pourraient tout chambouler ou alors tout provoquer. Un sourire, une dispute, une hésitation. Qu'est-ce qui nous arrive? Hier encore, la nostalgie romantique, le rouge et le jaune des moments passés, mais c'est toujours et encore le futur qui nous attend avec ses rages, ses couleurs fanées et sa musique désarmante. Avons-nous changé, sommes-nous les mêmes et comment survivons-nous à la vie qui passe et qui parfois nous oublie.

Nous nous oublions. Les rires et l'amour au matin, plus jamais les mêmes moments, malgré tout les souvenirs qui semblent tenir du destin. Coïncidence. Plus jamais les mêmes et nous le savons.

C'est écrit dans tes yeux, c'est dans mes larmes et mes cris - toujours l'amour vient nous prendre ou nous surprendre et c'est à nouveau le premier jour sans toutefois parvenir à oublier les millions d'autres qui meurent à chaque instant. Rien n'est recommencement et tout est neuf et beau et le destin ne fait pas toujours bien les choses.

Je ne suis pas celle que tu crois.

27.7.09

Aube

La brume au matin, qui m'accueuille et qui me réveille lentement, m'amène à l'aube chaude. Les parcelles de nuages, c'est une suite de légers soupirs et de délicieuses amours, elle ne peut saisir la magie du moment, jamais tout à fait - peu lui importe, d'ailleurs.
C'est impalpable mais réel, jamais d'aussi beau moment qu'avec l'aube.

13.5.09

Rubis

C'est le rouge qui coule le long de ma gorge. J'aurais envie de plaquer quelques accords mineurs sur les blanches et les noires du piano, retrouver cette mélancolie incontrôlée qui accompagnait mes déboires, seulement je ne joue plus.

Je ne sais plus le jour où elle m'a quittée, mais j'en rêve encore. De cette nuit où le couvercle s'est abaissé. Où les notes n'en finissaient plus de s'allonger dans l'ombre de la lune, et où les larmes semblaient bien muettes face à la musique. Les doigts faits d'os et de poussière. La tête en tonnerre et le coeur bien au-delà de la raison.

Les notes se sont envolées. Et puis la lune est devenue noire, et puis la lune est devenue blanche.

25.4.09

Poussière

Il a fallu que je m'arrête un instant pour reprendre mes plumes. Un long moment, et tout de même quelques secondes seulement.

Les pieds au même endroit, la tête beaucoup plus loin - sans trop savoir ce qui souffle en cette direction, je reprends les choses malgré tout. Aucune remise en question, l'amant heureux, certes, n'empêche... ce n'est rien, de près ou de loin, qui est précisé ou confus, rien vraiment.

Seulement le coeur en fête et la tête en relais.

22.4.09

Il fut un temps... je ne me souviens plus trop bien

Je viens d'ouvrir les yeux. Les siestes au soleil, le soleil d'automne, avec la brise fraîche et la laine sur les épaules - il a fallu que je rêve à toi.


J'ai senti ma poitrine venir se coller contre ton dos, chaud, solide, et j'y étais petite, froide. Tes mains qui sont venues se refermer sur moi, alors que mes lèvres trouvaient ton épaule, et ça y était. Si tu y avait été, tu aurais aperçu mon sourire parmi ta peau. Et je n'y vois aucun mal.

Quelques années... quelques années et pourtant, alors que ce matin, alors que ton torse s'est posé contre mon dos, il y a eu ce vent d'automne autour de nous, et le soleil, et les siestes de septembre qui ont éclairé mon regard un instant, un court vertige, puis tu m'as prise par la main et tu m'as souri.
Oui.


Malgré tout et bien malgré toi, j'ai envie de ces mains et de ces lèvres, le printemps parmi les couleurs, oui.

22.11.08

C'est la nuit

Mon amour,

T'es ma lune absente, et les nuages soufflent les doux flocons qui tomberont sur ta tête - je scrute le ciel froid à la recherche de la couleur de tes yeux. Ils ne sont pas là-haut, ni devant les miens, seulement ils le seront dans mes rêves fous, ceux de te retrouver à l'aube, ceux de te tenir contre mon corps qui refroidit.

Tu me manques.


Mon Nord, ma Flamme, mon Ennui.

Je t'aime à la folie.

14.9.08

La marche

Je n'imagine plus que les sentiers dérangés, bruns et jaunes, de ma saison sobre et tranquille, je ne vois plus qu'eux. Le blé roux de la prairie et les nuages gris de l'horizon. Ça me laisse un goût ocre sur la langue, et l'eau des étangs qui murmure encore - ma soif ne sera jamais conquise. Les grillons ne chantent alors plus, ne sont que la mort, mais pas plus que la vie ou la résurrection. Ce ne sont plus les anges qui hurlent alors que le soleil tache le ciel, ils ne hurlent pas, mais sifflent un air connu et reconnu. La douleur à l'aube du sommeil. La douleur. De ne plus deviner une présence, de perdre l'Automne et de ne plus pouvoir faire un pas pour le rattrapper, c'est que les feuilles s'envolent et s'envolent, et la douleur dans mon sommeil - jamais, jamais plus la même sous les chaudes couleurs de septembre.
Tant de fois j'aurai dit ces mots. Tant de fois en vain.
Mes sentiers dérangés.

13.9.08

Mon petit bonheur

Doucement, je m’enferme. J’abaisse le volume, je ferme les rideaux, puis je m’assois, au beau milieu de mon petit univers. Seule. Pour un moment, je me prends pour le nombril du monde. Petite tache dans l’immensité environnante, minuscule importance cloîtrée entre quatre murs. C’est tellement plus beau de se regarder souffrir, tout en se demandant ce qu’on a bien pu faire du bonheur…

Le bonheur, on l’a envoyé voir ailleurs.

Je joue avec mes orteils, je démêle mes cheveux, je frotte mes yeux. J’explore mon petit moi, mon petit trouble encore tout ensommeillé. Je baigne dans la brume ambiante, celle que je crée par mes mensonges, mes maladresses, mes illusions ; petite princesse abandonnée de plein gré. Je me vautre dans mes questions immenses, et je fais la moue, impatiente, mécontente de ne pas arriver à tirer la langue à tout mes méandres. Tourner le dos serait trop facile. Encore une fois.

C’est tellement plus beau de se saigner soi-même. Il faut parfois savoir se faire violence. Doucement. Sans étincelles. Je m’ouvre avec peine, je rigole de me sentir si déchirée, si vulnérable. Face à moi-même. À l’intérieur, tout à l’intérieur, la blessure profonde. J’ai les larmes sèches, j’ai les sanglots muets ; faut que je me sorte de là. Que je sorte de mes barricades, que je soulève les couvertures, si chaudes, si douces, que je mettes le pied enfin dehors. Enfin au grand air. Celui qui assomme, celui qui gèle, celui qui pardonne. Le grand vent froid du Nord.

Je me chiffonne, ça pèse, ça m’engourdit. Je cligne des yeux, les paupières lourdes et gonflées, la lumière crue contre les murs de mon château. Tout y éclate d’impureté, partout, des taches mensongères et des chimères barbouillées.

Rien de moi, si peu de toi. Plus rien, alors. De nous.

Les draps, plus jamais blancs, m’enveloppant, plus jamais sauve. Il faut je que le dise, il faut que je l’écrive, que je le sorte des mes entrailles trouées, enfin, que je l’étale sur les murs. La violence de mes peines iront rejoindre la paix et le pardon que tu apprends, l’amour oublié et l’amitié espérée. Je ne peux plus t’entendre, mais toujours, tu reviendras me chercher. Après chaque coup porté, tu t’immisceras tranquillement, innocemment, tu entreras par la porte grande, trop grande ouverte que je te présente et tu reprendras possession de mon corps. Trop facilement. Plus jamais de mon âme.

Je n’ai plus la force d’une résistance, mais je n’oublie pas ce qui me reste. Mon bonheur, mon petit bonheur.

11.9.08

Parler piano - Mon septembre

"L'Automne est un andante mélancolique et gracieux qui prépare admirablement le solennel adagio de l'hiver."

Georges Sand


Karma noir

Tu me manques.

J'en ai plein les oreilles de ton absence, nos souvenirs ne se racontent pas - ils s'écoutent, ou alors non, ils ne s'écoutent plus, ne s'entendent pas non plus, mais ils sont paroles et mélodies, refrains et harmonies. Les chansons se suivent les unes et les autres, mais c'est ta voix qui me parvient, du bas de mes mémoires, tes accents graves qui crient une indifférence troublante.

Je guette le changement de couleur des feuilles, c'est la chlorophylle et le soleil, mais c'est aussi notre rupture, nos retrouvailles - il y a un an, déjà. Presque toute une année, mais tellement plus ont passé. Nos jours de sable et de poussière, nos nuits d'éclats et de verre.

Mon Automne sans toi.

Et Montréal me prend dans ses bras, et pourtant c'est toi qui ne m'y veux pas, alors je baisse les yeux à chaque coin de rue - et si jamais je t'y croisais, je ne saurais quoi en faire. Tu respires mon air, tu rigoles mes amis, tu grattes ma guitare, et puis moi? Moi, je peine à écrire mot, qu'en est-il d'Amour? Mais moi, ça ne compte pas. Les briseurs de coeur n'ont plus de pardon en poche, je rêve de m'endormir enfin consolée, et ne plus voir tes yeux et ta bouche et tes mains dans mon sommeil trouble.

C'est le noir du karma - je suis condamnée à imaginer ta musique, mais mes notes sonnent faux et pleurent en silence.

6.9.08

Je compte les étoiles

J'aime entrer dans ton univers, dans tes créations et ton calme désarmant. Ton univers d'images et de sons, même de narration, j'aime entrer dans ton univers de folies sexuelles, sans mots - tu me délivres de moi et je te délivre de toi. C'est tout ce nous osons moins, c'est davantage ce qui nous surprend, parfois, c'est tout ce que j'attend de toi : mon corps qui n'en explose qu'encore, de toi, de moi.
La nuit m'apaise, ensuite, alors que je suis la route qui descend, qui laisse apercevoir la ville en decrescendo - la mer de lumières jaunes et blanches et qui inondent mon regard. La lune qui, souvent, n'en est qu'orange davantage et je me console de ne pas sillonner la nuit seule. Et je respire, car je ne connais plus rien des soupirs.
Ce ne sont que des mortalités joyeuses, tu sais. C'est une langueur délicieuse, tout ça, c'est de toi et c'est de moi. Jamais rien sans ça, jamais plus que des silences mordillés. Jamais plus que ça.

1.9.08

Septembre

Nouvelle entrée.

C'est un monde nouveau. C'est bleu, blanc, jaune. Et noir. Une nouvelle saison, aussi. Je fais face seule, donc, une saison nouvelle. Rouge, orange et jaune. Sans accords, sans voix. C'est la marche automatique des matinaux, vers l'île peuplée d'amertume, la ville grise et blanche. C'est mon panorama multicolore et je brave le vent, à nouveau seule. Parmi des centaines de solitudes qui n'ont rien à y voir, mais qui repoussent le sentiment, ce sentiment d'appartenance. J'appartiens, dorénavant et malgré tout, à une entité - moi-même bleue, blanche et jaune. Je suis neuve et j'entre, malgré tout et dorénavant reconnue.

14.8.08

Hold on

C'est une trêve.

L'automne, bientôt. L'été ne me traite pas comme l'automne me connaît.
Trêve.

R.